Qu'est ce que la langue des signes?
Les langues des signes
Ces langues sont, pour les sourds, le seul mode linguistique véritablement approprié, le seul qui leur permet à la fois un développement cognitif et psychologique d’une manière équivalente à ce que représente la langue orale pour nous autres entendants.
Les langues des signes sont, comme toute langue, des systèmes nécessitant chacun un apprentissage, preuve s’il en était besoin qu’il s’agit bien là de “langues naturelles” et non d’un moyen universel et primitif de communication. Il n'existe pas en effet une langue des signes, universelle, mais plusieurs, comme la Langue des Signes Française (LSF), le langage des signe américain (American Sign Language ou ASL), le langage des signes anglais (British Sign Language ou BSL), etc.
Par contre (et c'est assez étonnant à voir), deux sourds maîtrisant chacun une langue des signes différente arrivent à se comprendre et à communiquer très rapidement, pas du tout comme un français et un anglais (par exemple) n'ayant jamais appris la langue de l'autre. Il y a une bonne raison à ça: les syntaxes se ressemblent beaucoup d'une LS à l'autre, et certains gestes, surtout ceux de la vie courante, sont très imagés donc facilement reconnaisables (prennez l'exemple du mot "téléphone")
La LSF
Au dix-neuvième siècle, après que l'abbé de l'Épée ai créé une véritable LSF, et s'en servant comme fondement à l’éducation des sourds, on a commencé à analyser le système gestuel des sourds. Mais lors du Congrès de Milan (en 1880), la langue des signes francaise a été interdite, pour privilégier l'oralisme.
Et c'est depuis la loi de 1991 que la langue des signes française est raconnue comme une langue et a denouveau le droit d'être enseignée (il va s'en dire que les sourds n'avaient pour la plupart jamais stopé totalement la communication par signes)
Les signes manuels prennent leur sens grace a différents paramètres: les geste (logique me direz-vous), le regard, les mimiques du visage, les mouvement du corps.
Il existe deux types de structures en LSF (souvent imbriquées étroitement dans le discours) : les structures dites « standard », fondées sur l’utilisation de signes conventionnels (ceux que recensent les dictionnaires ) et les structures « de grande iconicité », n’y recourant pas. Cette deuxième regroupe les signes incontournables pour raconter un récit , permettant par exemple au locuteur de se mettre dans la peau d’une autre personne, d’un animal ou d’un objet, pour les mettre en scène dans son récit .
Les signes manuels de la LSF sont constitués d’éléments relevant de cinq paramètres :
- La configuration
C'est la forme que prend la main pour faire le geste.
- Emplacement
C'est l'endroit où le signe est effectué (tête, bouche, cou, yeux, menton, coude, avant-bras, la poitrine… ou ailleurs dans l’espace situé devant le locuteur.
- Orientation de la main
Il y a 6 directions de la paume de la main et une direction pour les deux paumes.
La paume peut être orientée vers le haut, le bas, la droite, la gauche, vers soi ou vers l'interlocuteur
- Mouvement
La main réalise un ou plusieurs mouvements. C'est le paramètre le plus complexe, parce que c'est celui-là qui "fait" la nature du trajet, la direction, la vitesse, la combinatoire avec des mouvements internes à la main, etc.
- Mimique faciale
Il permet de différencier des signes par les expressions du visage, de montrer une joie, une peine.
Dans la langue des signes, le regard joue un rôle essentiel. C'est la condition minimale à un échange, mais il a aussi pour fonction de spécifier comment il signe dans le sens où il indique si le locuteur se construit comme responsable de son énonciation (dans ce cas, il regarde son interlocuteur) ou comme personnage transféré (dans ce cas, il évite le regard de son interlocuteur).
Selon le registre discursif installé par le jeu de regard (regard ou non sur l’interlocuteur), une mimique faciale caractérise l’état d’esprit (ironie, doute, etc.) du locuteur énonciateur ou du personnage transféré.
La mimique faciale joue également un rôle essentiel dans l’expression des valeurs grammaticales aspectuelles (duratif, continu, ponctuel, etc.) et modales (conditionnel, hypothèse mentale…).
- L’exploitation de l’espace
Là où les langues orales utilisent des structures syntaxiques exploitant préférentiellement la dimension temporelle (et notamment l’ordre des mots), les langues des signes utilisent plutôt des relations spatiales et spatio-temporelles. C'est assez difficile à expliquer, mais pour le meilleur exemple, je vous expliquerais que beaucoup de verbes en langue des signes sont « directionnels », le point de départ du mouvement spécifiant celui qui agit et le point d’arrivée le patient / bénéficiaire. Il en va de même pour l’expression du temps (le temps de l’énonciation étant fléché sur une ligne imaginaire allant de l’arrière, passé, vers l’avant, futur et le temps de l’énoncé sur une ligne transversale au corps du locuteur), la construction de références temporelles et de références spatiales.
- L'ordre des signes
D'une façon générale, l'ordre des signes dans le temps est beaucoup moins important que leur arrangement dans l'espace. Si on arrive à comprendre et à bien utiliser l'espace, un sourd peut comprendre ce qu'on veut lui dire même si les mots sont dans le désordre.
Toutefois, c'est quand même mieux de comprendre et de signer dans l'ordre précis (ça évite aux sourds la gymnastique mentale pour tout remettre dans l'ordre)
En général, on commence toujours sa phrase par le temps et le lieu. Quoi que, pour le temps, c'est un peu particulier:
- signes de temps défini : début de phrase
- signes de délai : avant le verbe
- signes de temps indéfini : juste après le verbe
- signes de durée : après le verbe
Les verbes se suivent dans l'ordre chronologique
Signes de négation ou d'interrogation : en fin de phrase
Proposition conditionnelle : toujours avant la proposition principale
Plus généralement : cause avant effet, stimulus avant réponse
Propositions emphatiques : thème en début de phrase
Les objets les plus grands et les plus statiques sont signés avant les plus petits et les plus mobiles.
En gros, on place d'abord le décor, puis les accessoires et les personnages, et enfin l'action.
Règle générale : du plus général (le contexte) au plus précis (l'action)